Nos actualités santé
Un livre pour apprendre à vivre avec la drépanocytose.
En Guyane, la drépanocytose touche environ un nouveau-né sur 200 et environ 2 000 personnes au total. Cette maladie héréditaire du sang provoque la déformation des globules rouges qui deviennent fragiles et rigides. Chez l’enfant, elle peut provoquer un infarctus artériel cérébral. Chez l’adultes, elle se traduit par de multiples atteintes chroniques d’organes secondaires et peut provoquer des accidents thrombotiques. Chaque année, environ 40 nouveaux enfants naissent drépanocytaires en Guyane. Le taux augmente d’année en année dans toute la France. Si environ 10 % de la population guyanaise est porteuse du gène de la drépanocytose, la répartition n’est pas uniforme sur le territoire : davantage d’habitants en sont porteurs dans l’Ouest, entre Saint-Laurent du Maroni et Grand-Santi. Environ 800 patients sont suivis au centre intégré de la drépanocytose (CID), qui dépend du CHU de Guyane. Le principal traitement consiste à soulager les douleurs. Chez certaines personnes, il est nécessaire de mettre en place un traitement de fonds consistant en des saignées et des transfusions de sang. Le seul traitement curatif est la greffe de moëlle osseuse. Mais sur cinq millions de personnes drépanocytaires dans le monde, seules trois mille en ont bénéficié. C’est la raison pour laquelle, dans un livre publié en janvier, le Dr Narcisse Elenga, chef de pôle femme – enfant au CHU de Guyane, invite les patients à «ne pas attendre une greffe ou un traitement miracle» mais à vivre pleinement leur vie. Cet ouvrage tente de leur apporter les outils pour profiter de la meilleure qualité de vie possible: conseils sur l’alimentation, l’hygiène de vie et les soins, réponses à leurs questions à partir des données de la science, témoignages de trois patients. Parmi eux figure Glawdys Benth, première patiente experte de Guyane. Dans un témoignage publié en 2024, elle raconte les nombreuses activités qui lui étaient interdites dans son enfance, comme le sport et la baignade, les difficultés scolaires, et l’annonce qu’elle n’atteindrait pas ses 20 ans. Quarante ans après son diagnostic, elle participe à de nombreuses activités autour de la maladie, des séances de dépistages avec l’association DrépaGuyane, des interventions dans les écoles, de l’accompagnement de patients auprès des professionnels de santé. A travers son expérience, elle souhaite apprendre aux malades à vivre avec la drépanocytose.
Au CHU, du soutien pour se lancer dans la recherche.
Depuis 2019, l’hôpital de Cayenne propose à certains de ses médecins et sages-femmes de consacrer du temps à la recherche, à côté de leur activité auprès des patients. Leur salaire est alors partiellement pris en charge par le pôle recherche, pour éviter de pénaliser les services de soins. Cette année, sept médecins en bénéficient.Le Dr Mickael Massicard, médecin coordinateur du centre spécialisé de l’obésité, étudie le microbiote intestinal des Guyanais adultes. Le microbiote est impliqué dans le développement des maladies comme l’hypertension et le diabète, mais aussi dans des maladies comme Alzheimer et Parkinson. Le but sera de comparer ce microbiote entre différents profils de personnes. Dans le courant de l’année, tous ceux qui le souhaitent pourront participer à l’étude.Le Dr Karen Mencé est gynécologue médicale à Kourou. Elle va utiliser de nouvelles méthodes d’analyses génétiques pour essayer de comprendre pourquoi certaines femmes de l’Ouest guyanais ont perdu leur fœtus entre 2016 et 2024, lorsqu’aucune explication n’a été trouvée à l’époque. Les professionnels de santé suspectent une origine infectieuse mais n’avaient rien trouvé à l’époque.Le Dr Amina Nasri, neurologue à Cayenne, étudie les liens entre le microbiote intestinal et les effets des pesticides et des métaux lourds. Le but est de découvrir comment ils peuvent favoriser ou non l’apparition de maladies comme Parkinson et Alzheimer.Le Dr Alolia Aboïkoni est cheffe de service d’hépato-gastroentérologie à l’hôpital de Cayenne. Depuis plusieurs années, elle travaille sur les atteintes du foie. Avec le service de diabétologie, elle a mis en place un parcours pour les patients souffrant de diabète. Elle souhaite pouvoir évaluer si ce parcours est bénéfique. Dans les prochains mois, elle débutera un travail auprès des patients drépanocytaires.Médecin au CDPS de Cacao, le Dr Nathalie Bonnave étudie les troubles du neurodéveloppement chez les enfants de l’Est guyanais. Dans le cadre de ses travaux de recherche, elle souhaite mesurer la fréquence des TND et développer des tests neuropsychologiques adaptés à la population guyanaise.Neurologue à l’hôpital de Cayenne, le Dr Nathalie Deschamps s’intéresse à l’influence des facteurs environnementaux, comme la pollution ou les maladies infectieuses, sur le développement des neuropathies périphériques. Elle travaille également sur les déterminants sociaux dans la prise en charge de ces maladies.Le Dr Alexis Fremery, médecin aux urgences de Cayenne, mène plusieurs recherches de front. Certaines sur les traumatismes pris en charge dans son service et d’autres sur les spécificités de la médecine d’urgence en milieu isolé et tropical. Ces travaux ont notamment permis d’adapter les kits de secours des personnes travaillant en forêt.Par le passé, ces postes d’accueil recherche ont permis de faire aboutir certains travaux de recherche. Malika Leneuve-Dorilas, sage-femme, a par exemple montré l’impact des sables du Sahara sur la prématurité en Guyane. Elle a également amélioré la connaissance sur la prééclampsie, tout comme le Dr Anne-Christèle Dzierzek, médecin anesthésiste à Cayenne.Avec la création du CHU de Guyane, ce poste accueil recherche est désormais ouvert à tous les médecins et sages-femmes des sites de Cayenne, Kourou, Saint-Laurent-du-Maroni, des hôpitaux de proximité et des CDPS.
Le directeur général de l’ARS fixe ses priorités.
Bertrand Parent est le nouveau directeur général de l’Agence régionale de santé. Cet enseignant-chercheur est un spécialiste de l’organisation du travail et de la communication dans le secteur de la santé. En prenant la tête d’une ARS, il souhaitait passer à l’action, prendre des responsabilités et agir directement sur le terrain, a-t-il expliqué, dans une interview. Ce métier, il ne l’envisageait qu’en Outre-mer, où il a déjà exercé à plusieurs reprises.Dès son arrivée, il a été confronté à plusieurs dossiers sensibles pour le secteur de la santé guyanais. D’abord la grève des médecins libéraux, début décembre. Ceux-ci contestent plusieurs projets du gouvernement pour réguler leur activité. Pour éviter un engorgement des urgences en cette période d’épidémie de grippe, Bertrand Parent a rappelé l’importance de contacter le 15 avant de s’y rendre.Le directeur général de l’ARS a également dû se pencher en urgence sur plusieurs demandes d’autorisation d’activité des acteurs de santé. En effet, c’est l’agence qui leur attribue ces autorisations. Le but est de s’assurer que les acteurs ont les compétences et les moyens de mener ces activités avec la qualité, la sécurité et les délais que les patients peuvent exiger. Certaines sont majeures pour le territoire: radiothérapie, médecine nucléaire, assistance médicale à la procréation, nombre d’IRM et de scanner… Les décisions étaient attendues pour la mi-janvier.Or, certains acteurs sont en difficultés financières. C’est le cas du CHU, dont le déficit avoisinera les 74 millions d’euros en 2025. Mais aussi des cliniques privées, dont certaines ont été placées sous procédure de sauvegarde. Bertrand Parent a assuré que l’ARS continuera de les soutenir. L’agence accompagne également le laboratoire Eurofins, qui a perdu son accréditation en août. Le plan d’action qu’il a mis en place pourrait lui permettre de la récupérer courant février.Le directeur général de l’Agence régional de santé assure que les difficultés budgétaires de l’État ne devraient pas avoir un impact majeur sur les actions que mènera l’ARS. En effet, celle-ci est principalement financées par le budget de la Sécurité sociale, qui a été voté fin décembre. Il encourage en revanche tous les acteurs guyanais à soutenir les projets, afin que la voix de la Guyane soit entendue au niveau national.Dans cette interview, Bertrand Parent insiste également sur la prévention, en rappelant que 70 % de la demande de soins concerne les maladies chroniques. Le travail sur la prévention des déterminants comportementaux et environnementaux comme l’eau, l’alimentation, l’activité physique et sportive… sera donc une de ses priorités. En matière d’autonomie des personnes âgées ou handicapées, il a assuré que l’ARS continuera, avec la Collectivité territoriale, à développer les structures, alors qu’il manque entre 1400 et 1900 places pour les personnes handicapées et qu’il faudra créer plus de 2300 places pour les personnes âgées d’ici à 2050.Par ces actions, il souhaite montrer que les ARS sont le bon outil pour mener l’action publique de santé dans l’intérêt des populations, à un moment où elles sont contestées.
Où en sont nos Ehpad ?
En mars 2022, le gouvernement avait lancé un plan de contrôle des établissements d'hébergement pour personnes âgées dépendantes, à la suite du scandale Orpéa. En Guyane, l'Agence régionale de santé et la Collectivité territoriale ont contrôlé les 4 Ehpad. L’ARS a publié la synthèse des inspections fin décembre et a apporté des précisions sur le suivi réalisé depuis. La situation est très contrastée selon les établissements.À l’Ehpad Jean-Serge-Gérante de L'Ebène, à Cayenne, l'inspection avait relevé principalement des points positifs : « salariés soudés », « bonnes conditions de travail, ce qui a des répercussions positives sur la vie de l'établissement », peu de turnover, faible taux d'absentéisme, dispositif Jardin d'Ebène « très bien pensé qui permet à différents publics de se côtoyer et une ouverture de l'Ehpad sur l'extérieur », beaucoup d’animations. Le suivi de l'inspection a été clôturé. L’établissement a été agrandi l’an dernier. Les échanges se concentrent actuellement sur l'ouverture de l'Ehpad de Kourou et la création d’une plateforme de répit pour les aidants à Saint-Laurent-du-Maroni.Le suivi de l'inspection a également été clôturé à l'Ehpad Saint-Paul, situé sur la place des Palmistes à Cayenne. Lors de leur visite, les inspecteurs avaient salué « l’accueil et la prise en charge des personnes âgées (…) l’établissement est un véritable lieu de vie. L’un des points positifs relevés lors de l’inspection concerne l’animation, l’équipe étant très attentive aux besoins et aux souhaits des résidents et leur offre une ouverture sur l’extérieur. » Le 1er décembre, l’Ehpad Saint-Paul a ouvert son pôle d'activités et de soins adaptés. Cet espace, situé dans l’Ehpad, accueille durant la journée des résidents de l’établissement ayant des troubles du comportement modérés et atteints de la maladie d’Alzheimer, pour des activités sociales.Dans ces 2 établissements, les inspecteurs pointent la fragilité de la ressource médicale et soignante. En rappelant que cette difficulté est partagée par tout le secteur sanitaire et médico-social de Guyane.L’Ehpad de l'hôpital de Saint-Laurent-du-Maroni est dans un entre-deux. D’un côté, il doit améliorer la prise en charge de ces résidents. De l'autre, il ne peut pas s'engager dans d’importants travaux, son déménagement étant acté pour les prochaines années. « Les principales pistes d’amélioration dégagées portent sur le renforcement de la gouvernance et de l’accompagnement des équipes, notaient les inspecteurs. Du fait de l’absence de directeur dédié, certains sujets demeurent insuffisamment portés, notamment celui du projet d’établissement et de la personnalisation de la prise en charge. Les bâtiments présentent toujours les limites liées à leur ancienneté mais des travaux de réhabilitation et de sécurisation ont été effectués.» Le suivi de l’établissement se poursuit.La situation est plus compliquée à l’Ehpad Edmard-Lama de l’hôpital de Cayenne. Plusieurs visites ont eu lieu depuis 2017, notamment en 2024 après le décès d’une patiente. La priorité principale est de faire de cet Ehpad un véritable lieu de vie. Les inspecteurs avaient fixé comme priorité numéro un le projet d'animation en proposant « un projet adapté aux besoins de chacun en vue de favoriser l'autonomie et rompre l'isolement social du résident ». Sur ce point, l’équipe d'animation a été renforcée et le projet d’établissement rédigé. La 2nde priorité était de renforcer l'encadrement de l'établissement ; la 3e, de respecter les droits des résidents et l'individualisation de la prise en charge. A ce jour, l’établissement n’a pas mis en œuvre l’ensemble des mesures prescrites.
VIH-IST : où en est-on ?
En 2024, le nombre de dépistages de cas de syphilis et de chlamydia a continué d’augmenter en Guyane, selon les chiffres de Santé publique France. Cela fait plusieurs années que c’est le cas. Pour une troisième infection sexuellement transmissible, le gonocoque, les chiffres sont en revanche à la baisse. C’est également le constat que dresse le Dr Hawa Cissé, responsable de l’hôpital de jour d’infectiologie au CHU de Guyane - site de Cayenne. Le taux de dépistage se situe bien au-dessus des moyennes nationales, ce qui traduit l’implication des acteurs de santé pour dépister ces maladies. Les femmes de 25 à 49 ans sont en général celles qui ont le plus recours au dépistage, tandis que les jeunes hommes de 15 à 24 ans sont ceux qui se font le moins dépister.S’agissant du VIH, le dépistage continue d’augmenter, tandis que le nombre de nouveaux cas déclarés est stable. L’an dernier, 62 nouveaux cas ont été déclarés : c’est légèrement moins qu’en 2023, où il y en avait eu 81. Toutefois, tous les cas n’étant pas déclarés, ou ne l’ayant pas encore été, Santé publique France estime ce chiffre plus proche de 200. Dans le même temps, un seul passage au stade sida a été enregistré l’an dernier parmi les patients suivis dans les trois hôpitaux publics de Guyane.Plusieurs dispositifs devraient aider à poursuivre cet effort de dépistage. C’est le cas de l’ouverture récente du Centre gratuit d’information, de dépistage et de diagnostic (CeGIDD) de l’hôpital de Cayenne, du déménagement du CeGIDD de l’hôpital de Saint-Laurent face à la mairie, ou encore du dispositif VIHTest. Ce dernier permet de se faire dépister pour le VIH en laboratoire, sans ordonnance.En Guyane, ont également été déployés des tests rapides combinés VIH et syphilis. Avec une simple piqûre au bout du doigt, ils permettent d’obtenir une première information sur une éventuelle infection. Celle-ci doit ensuite être confirmée par une analyse en laboratoire. En 2024, près de 3 500 personnes ont été dépistées de cette manière. La très grande majorité l’a été par les équipes de la Croix-Rouge française. Le Dr Priscilla Antoinette vient de soutenir sa thèse de médecine, à l’université de Bordeaux, sur le déploiement de ces tests en Guyane. Cette phase pilote a confirmé la faisabilité de ces tests rapides et leur intérêt pour atteindre des populations éloignées du système de soins, comme les migrants et les personnes vivant dans des quartiers précaires.À l’hôpital de Cayenne, plusieurs avancées ont été réalisées pour améliorer le quotidien des personnes séropositives. Depuis 2022, certains patients peuvent bénéficier d’un traitement injectable : il remplace la trithérapie orale qu’il faut prendre tous les jours. Le traitement injectable a pour avantage de ne devoir être administré qu’une fois tous les deux mois. Cette simple piqûre peut être réalisée par un infirmier à domicile ou à l’hôpital.Depuis début décembre, l’hôpital propose également à certaines femmes séropositives d’allaiter leur futur bébé. En effet, si l’on sait que le virus peut être transmis au bébé par le lait maternel, tout porte à croire que, chez les patientes dont la charge virale est devenue indétectable, celui-ci ne peut pas être transmis. Les recommandations ont d’ailleurs été modifiées à l’échelle nationale, comme dans de nombreux pays. Pour accompagner ces femmes, les professionnels de santé du lactarium et du service d’infectiologie ont réalisé un livret sous forme de bandes dessinées, permettant leur suivi et celui de leur bébé.
Sur l’Oyapock, la coopération sanitaire transfrontalière progresse.
La vallée de l’Oyapock a vécu au rythme de la Semaine de la santé transfrontalière, en décembre. Pas organisé depuis 2018, l’événement avait été relancé en 2024. Cette année-là, la rencontre entre le président français Emmanuel Macron et son homologue brésilien Lula avait abouti à l’adoption d’un plan d’action franco-brésilien comptant des axes sur la santé mondiale et l’approfondissement de la coopération bilatérale. Plusieurs dispositifs permettent d’ores et déjà aux professionnels de santé de Saint-Georges, Oiapoque et Camopi de collaborer. Depuis 2019, les personnes vivant avec le VIH à Oiapoque et dont l’infection est stabilisée peuvent être suivies sur leur lieu de résidence grâce à l’ouverture d’un dispositif dit Première Ligne, dans le cadre du projet Oyapock coopération santé (OCS). Auparavant, ils devaient traverser le fleuve pour être pris en charge au CDPS de Saint-Georges. Toujours dans le cadre d’OCS, une enquête avaient révélé la «banalisation» des violences faites aux femmes dans la région. Mi-septembre, l’association DPac Fronteira a ouvert sa Maison des femmes, à Oiapoque. Les victimes de violences peuvent y trouver refuge. D’autres dispositifs ont également été mis en place côté français. Cette Semaine de la santé transfrontalière 2025 a également vu l’aboutissement d’un chantier de longue date. Les professionnels de santé des deux rives disposent d’un centre de coopération sanitaire transfrontalière, dirigé par le Dr Jean-Yves Cattin. Sa création répondait à plusieurs besoins : • Pouvoir orienter les patients en urgence grave de la vallée de l’Oyapock vers l’offre de soins la plus adaptée ; • Aider les professionnels de santé et les patients à se repérer entre les deux systèmes de santé très différents du Brésil et de la France ; • Suivre le parcours des patients, notamment chroniques, qui alternent les prises en charge entre les deux rives de l’Oyapock ; • Améliorer le suivi des femmes enceintes dont le suivi de grossesse, lui aussi, peut se partager entre les deux côtés de la frontière ; • Rechercher des solutions pour des patients bed blockers brésiliens à l’hôpital de Cayenne mais également des bed blockers français hospitalisés à Macapa… Les professionnels de santé des deux rives ont également annoncé avoir adopté un outil numérique qui leur permet d’échanger les informations de santé de leurs patients de manière sécurisée et conforme aux règlements européens. Auparavant, ils utilisaient WhatsApp. Ils ont également organisé des formations communes et des visites des établissements de santé des deux villes frontalières. A Camopi, l’équipe du CDPS, qui reçoit beaucoup de patients vivant au Brésil, a débuté des staffs médico-sociaux communs avec son homologue brésilienne, en 2025. Ils permettent de mieux connaître la situation des patients. A Saint-Georges et Oiapoque, les professionnels mènent désormais régulièrement des campagnes communes de dépistage des infections sexuellement transmissibles comme le VIH, les hépatites et la syphilis. L’Agence régionale de santé de Guyane et la Surintendance à la veille sanitaire de l’Amapa échangent tous les mois des informations sur la situation épidémiologique des deux territoires. D’autres projets sont dans les tuyaux pour favoriser l’activité physique, promouvoir la santé environnementale, lutter contre les maladies chroniques et réduire les inégalités sociales de santé. Ces sujets font l’objet d’une feuille de route pour les années à venir.
Contre les AVC, se faire prendre la tension à la maison.
Les Guyanais souffrent davantage des accidents vasculaires cérébraux (AVC) que le reste de la France. Alors que la population est plus jeune, ce niveau s’explique par la forte prévalence des facteurs de risques cardiovasculaires: l’hypertension artérielle, le diabète et l’obésité. C’est pour tenter de prévenir les AVC que le Centre Hospitalier de Cayenne a lancé le projet Dépiprec, en 2023. Ce projet de recherche clinique a consisté à proposer aux personnes majeures de l’agglomération cayennaise de mesurer leur pression artérielle dans leur quartier ou directement à leur domicile et à les sensibiliser aux gestes de prévention. En vingt-quatre mois, 23286 personnes ont bénéficié de l’intervention. Parmi elles, près de la moitié ont répondu à un questionnaire sur leurs conditions de vie, leur état de santé et leur activité physique.Du lundi au vendredi, des médiateurs, équipés de tensiomètres, se sont installés sous des tentes et dans les salles de quartier, ou se sont rendus directement au domicile des habitants, pour leur prendre la tension. En cas de tension artérielle anormale, ils les orientaient vers un professionnel de santé, voire appelaient le Samu en cas d’urgence. Ils ont également pu diriger les participants vers des professionnels traitant les problématiques d’ordre psychiatrique, pédiatrique, alimentaire… Les enquêteurs ont ensuite assuré un suivi téléphonique à trois mois des participants ayant présenté une tension anormale.Pendant les deux ans qui viennent, les chercheurs vont surveiller les données des maladies cardiovasculaires telles que les accidents vasculaires cérébraux (AVC) ou les infarctus du myocarde. Ils espèrent constater rapidement une diminution. Aux Etats-Unis, où un tel projet a déjà été mené, la baisse des AVC a été de 30 %. Si des résultats identiques sont démontrés à l’échelle de l’agglomération cayennaise, les pouvoirs publics pourront s’en saisir pour prendre leurs décisions. Pour rappel, il est recommandé de contrôler sa tension au moins une fois par an.
Plus de diabète et d'hypertension mais moins de tabac et d'alcool.
Depuis trente ans, le baromètre de Santé publique France permet d'interroger la population sur ses opinions, ses comportements et ses connaissances en lien avec la santé. En Guyane, la dernière enquête a été menée en 2024. Au total, 1298 personnes ils ont répondu. Les résultats ont été publié en cette fin d'année. Lire l'enquête«Les connaissances issues de telles enquêtes sont essentielles pour nourrir, piloter, prioriser l’action publique et dessiner les contours d’interventions de prévention et promotion de la santé fondées sur la science. Elles constituent un outil éclairant pour appuyer et évaluer les politiques publiques. Pour cette raison, cette enquête sera reconduite tous les deux ans», explique Santé publique France.La Guyane se distingue par une consommation d’alcool et de tabac plus faible qu’ailleurs et par une sédentarité moindre:10 % des adultes fument tous les jours;14% boivent trop d'alcool;22% passent plus de sept heures par jour assis et 28% seulement pratiquent une activité physique de loisirs.A l’inverse, la Guyane est marquée par une plus grande prévalence de l’hypertension artérielle et du diabète, attestant d’un risque plus important de maladies cardiovasculaires:23% des adultes déclarent être hypertendus;7 % déclarent être atteints d'un diabète;Pour ces deux pathologies, un peu plus des trois quarts déclarent être traités;Les femmes sont plus touchées par ces deux pathologies.La dépression et l’anxiété, qui figurent parmi les troubles psychiques les plus fréquents, ainsi que les pensées suicidaires sont globalement aussi fréquentes en Guyane qu’au niveau national mais le recours aux soins en santé mentale est moindre. Au cours des 12 mois précédant l'enquête:Un adulte sur 7 a vécu un épisode dépressif;7% ont eu des pensées suicidaires;6% ont été concernés par un trouble anxieux;Rares sont ceux qui ont consulté un professionnelS'agissant de la vaccination, 4 adultes sur 5 y sont favorables. Ce panorama apporte également un éclairage sur le poids des inégalités sociales sur la santé. Ces écarts se manifestent par un état de santé plus dégradé et des risques accrus pour la santé mentale, le diabète, l’hypertension artérielle et l’activité physique parmi les personnes les plus précaires. A l’inverse, les catégories sociales plus favorisées semblent davantage exposées aux risques liés à la sédentarité et à la consommation de tabac et d’alcool.
Le PDG de Guyane Santé fait le point sur ses difficultés.
Le groupe Guyane Santé gère trois cliniques et un service d'hospitalisation à domicile à Cayenne:L'ancienne clinique Véronique, devenue Saint-Gabriel, qui propose des services de médecine et de chirurgie;L'ancienne clinique Hibiscus, désormais Saint-Adrien, consacrée aux personnes âgées;La clinique Saint-Paul, qui propose principalement de la rééducation.Ces trois établissements sont actuellement en difficulté. Saint-Adrien et Saint-Paul ont été placés sous procédure de sauvegarde de l'emploi. Saint-Gabriel est en redressement judiciaire depuis 2018. Le groupe a également connu une succession de directeurs, ces derniers mois, sans que sa situation s'améliore.Fin octobre, des personnels de Guyane santé ont manifesté à l'entrée de la clinique Saint-Paul pour «s'opposer à la fermeture des hôpitaux et aux licenciements des soignants». Menés par l'UTG, ils ont aussi dénoncé «un management toxique extrêmement grave» au niveau du groupe.Dans le même temps, Guyane Santé est visé par une plainte d'une de ces anciens médecins. Elle dénonce le non-paiement de nombreuses factures pour un montant qu'elle juge «sérieux». Mi-octobre, elle a dénoncé la situation au cours d'une conférence de presse à laquelle ont assisté plusieurs de ses confrères. Cette plainte Fait l'objet de procédures à la fois devant le tribunal et devant l'Ordre des médecins.Dans une interview à la Lettre pro, le Dr Jean-Marc Pierrot, PDG de Guyane Santé, reconnaît que son groupe à des difficultés à payer ses dettes. Il l'explique par la réforme tarifaire de la rééducation.Il trace plusieurs pistes de redressement:Développement de certaines activités comme la gériatrie;Réorganisation des services;Meilleure collaboration avec le CHU et les médecins de ville.Il assure que son projet n'est pas de réduire l'activité ni les emplois. Il espère trouver un coactionnaire pour investir dans le développement les trois cliniques. Il a également renouvelé sa confiance au directeur de clinique mis en cause par les salariés. S'agissant de la plainte du médecin, il laisse l'enquête se poursuivre.Parmi les pistes de développement, il évoque:La création d'une unité cognitivo-comportementale à Saint-Adrien pour des patients fugueurs et hurleurs;La reconstruction de la clinique Saint-Paul;Le développement de la chirurgie et de la médecine ambulatoire à Saint-Gabriel en collaboration avec le CHU de Guyane.En reprenant les fonctions de directeur, il se donne de dix-huit mois à deux ans pour redresser la situation.
La téléconsultation : une solution au manque de médecins.
Chaque mois, la Caisse générale de sécurité sociale de Guyane rembourse entre 1 000 et 2 000 téléconsultations réalisées sur le territoire. Cela représente l’activité de deux médecins généralistes et demi. L’usage a pris son essor pendant l’épidémie de Covid-19 et se poursuit à un rythme régulier, depuis. En Guyane, seuls 3 % de la population utilisent cette possibilité. Ce sont en majorité des femmes âgées entre 20 et 44 ans. Et la quasi-totalité de ces téléconsultations se font avec des médecins installés hors du territoire.Ces téléconsultations peuvent être réalisées à domicile, dès lors que l’on dispose d’une connexion à internet et d’un écran avec une caméra. Il est également possible de les faire dans certains points d’accès. C’est le cas, par exemple, de la maison France Services d’Iracoubo, depuis le mois d’octobre. Enfin, de nombreuses pharmacies du territoire se sont équipées de cabine de téléconsultation. Situées obligatoirement dans un espace confidentiel, elles permettent de consulter un médecin à distance, tout en bénéficiant de la présence de professionnels de santé à proximité. Cela permet de le guider, parfois d’éclairer le médecin sur la situation sanitaire en Guyane, voire de repérer des patients qui ont davantage besoin de voir un médecin en présentiel ou de se rendre aux urgences. La maison de santé pluriprofessionnelle de Matoury dispose pour sa part d’une salle de téléconsultation connectée à Comudoc, la plateforme régionale de télésanté. Elle permet de réaliser des téléconsultations assistées d’un professionnel de santé, avec un charriot connecté pour effectuer certains examens. Les professionnels de santé peuvent également l’utiliser pour solliciter l’expertise d’un spécialiste.
🤧 État grippal : comment s’en prémunir sans se couper du monde
Nez congestionné, frissons, fatigue soudaine… L’état grippal peut survenir sans prévenir, souvent à l’automne ou en hiver, et perturber notre quotidien en quelques heures. Même lorsqu’il ne s’agit pas de la « vraie grippe » virale, les symptômes peuvent être bien présents. Heureusement, certains gestes simples permettent de limiter les risques et de traverser la saison plus sereinement. 1. Renforcer ses défenses immunitaires naturellement
La potabilité de l’eau en Guyane n’a jamais été remise en cause.
A l’occasion des contrôles réalisés régulièrement par l’Agence régionale de santé, plusieurs produits ont été retrouvés de manière excessive dans l’eau potable, en Guyane. Les concentrations en aluminium dépassent régulièrement les références de qualité pour une partie sans cesse plus importante de la population. C’est en particulier le cas à Saint-Georges, que l’ARS a mis en demeure de réaliser des travaux. L’aluminium provient généralement des sels d’aluminium utilisés pour le traitement. Ces concentrations n’engendrent pas de risque sanitaire pour la population. Mais elles constituent une source supplémentaire d’aluminium pour une population qui est parfois exposée à ce métal par le biais de son alimentation. Ces dépassements indiquent une qualité de l’eau dégradée qui nécessite des actions des collectivités concernées afin de faire baisser ces taux. De janvier à juillet, plusieurs dépassements ont été constatés pour les trihalométhanes, à Montsinéry-Tonnégrande, Cayenne, Matoury et Macouria, ainsi qu’à Sinnamary. Les premières sont alimentées par les usines de la Comté et de Matiti. La dernière dispose de son propre captage. Les trihalométhanes sont issus de la réaction entre le chlore, utilisé pour désinfecter l’eau, et la matière organique naturellement présente. Ils sont classés comme « peut-être cancérogènes pour l’homme ». Une exposition chronique pendant au moins vingt ans pourrait contribuer à une hausse de certains cancers, notamment de la vessie. Un dépassement ponctuel ne remet pas en cause la potabilité de l’eau, mais nécessite une vigilance accrue.

